Romans
Puisqu’il me faut partir
Une mère et sa fille face à l’effondrement du monde
Cela fait plusieurs heures que je marche. La foule est maintenant clairsemée. Il y a de moins en moins de voitures, certaines abandonnées, déjà. La progression est difficile.
Je suis abrutie de fatigue, tenaillée par la peur. Mon bras me fait mal à force de soutenir ma fille solidement retenue par le tissu que je porte en écharpe. Elle a huit mois, Clarissa. Mon bébé… Je crois que la nécessité de sa survie, le devoir de la protéger – viscéral… c’est ce qui m’a mise en chemin.
Alice et Clarissa doivent échapper à la guerre. Plus qu’une nécessité, c’est un réflexe instinctif qui jette la mère et la fille sur les routes d’un exode où se mêlent la peur de l’inconnu, la crainte de l’ennemi et l’étonnement d’heureuses rencontres qui font oublier, ne serait-ce qu’un temps, la violence des combats. Parce qu’il faut partir. Continuer. Et vivre.
5 janvier 2023 | 240 p. | 140 × 205 mm | 17,00 € | 9782957942732.
📖 Chapitre 6 | extrait, p. 36-37.
Clarissa, toujours dans mes bras, ralentit mon ascension, Arnaud derrière, sa main dans mon dos. Du bruit derrière nous. Arnaud se retourne et me fait signe d’un coup de menton de continuer à monter les marches.
J’arrive sur un palier. Le mur d’en face est un trou béant sur la rue, quelques dizaines de mètres plus bas. Le plancher a été arraché en grande partie. Vertige. Il n’y a pas d’issue.
Arnaud gravit les dernières marches. Je me retourne vers lui. Un coup de feu, il s’effondre. Tout se passe très vite et moi je suis ralentie, chaque geste au ralenti. Son assaillant est juste derrière, sur la marche précédente. Arnaud se retourne et le frappe de ses pieds. L’homme tombe dans les escaliers. Je m’approche d’Arnaud, ma main tendue vers lui, lui touche le visage. Nous entendons l’homme, ou un autre, remonter les escaliers. Les yeux d’Arnaud, les miens dans les siens. Il me repousse de son bras. L’homme arrive et lui tire en pleine poitrine, et le frappe au visage, le frappe et le frappe encore.
Je suis recroquevillée, Clarissa contre moi, dans un coin, je regarde, incapable de bouger. Je suis tétanisée. Mais pourquoi le frappe-t-il ? L’homme m’aperçoit, s’approche ; il me parle, je vois sa bouche articuler, je sais qu’il me parle. Je n’entends rien, je ne comprends rien.
Il me prend par-dessous le bras et me lève. Je suis juste capable de secouer frénétiquement la tête. Je retombe par terre, il recommence. Il me traîne jusqu’au corps d’Arnaud et par geste m’indique de le soulever.
Je le fais.
L’homme et moi faisons basculer le corps d’Arnaud dans le vide.
Je l’ai fait.
Je regarde Arnaud, tout en bas. Je l’ai fait.
Je sens le regard de l’homme sur moi, Je me redresse. Je me redresse et je le regarde dans les yeux. Je rajuste Clarissa qui ne bouge pas, mais gémit, sa tête dans mon cou. Je le fixe.
🖋️ L’autrice | Céline Ladriere
Céline Ladrière est née en 1975. D’abord professeur de lettres dans les zones prioritaires de l’éducation, elle est aujourd’hui proviseur du lycée François Ier à Fontainebleau. De sa première carrière, elle garde le goût des livres et de la lecture. Si elle a toujours écrit pour elle, c’est la première fois qu’elle publie un roman. Écrit entre septembre 2021 et janvier 2022, il résonne curieusement avec l’actualité qui rattrape la fiction.
📌 L’avis de l’éditeur
Écrit dans un style vif et concis, le premier roman de Céline Ladriere nous emporte dans un monde dystopique que l’actualité rend particulièrement concret.
Les péripéties de l’exode que vivent Alice et Clarissa portent un formidable message de vie et d’humanité : les deux choses qui restent à l’homme au milieu du désastre de la guerre.
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