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Contes bruns

Quand l’ombre et l’esprit se mêlent en dix récits envoûtants

Plongez dans l’ombre et l’audace des Contes bruns, un recueil collectif publié pour la première fois en 1832 sous l’égide d’Urbain Canel et d’Adolphe Guyot. Attribué à une mystérieuse « tête à l’envers » illustrée par Tony Johannot, ce volume rassemble dix récits piquants, terrifiants, parfois fantastiques, signés par trois plumes d’exception : Honoré de Balzac, Charles Rabou et Philarète Chasles.

Entre humour noir, frissons et ironie mordante, ces contes explorent les recoins les plus sombres de l’âme humaine. On y croise des militaires italiens prêts à parier leurs oreilles, des prisonniers audacieux défiant la mort, des femmes en proie à des destins tragiques, et des paysans dont la ruse ou la violence révèlent une nature aussi brutale que poétique. Chaque histoire, servie par une prose vive et une imagination débridée, est un miroir tendu vers les passions, les excès et les contradictions de l’époque.

28 octobre 2025 | 336 p. | 170 × 220 mm | 18 € | 9782494299559.

📖 Un pari mortel : mœurs soldatesques sous l’Empire | extrait, p. 326-327.

– Veux-tu parier mille écus, lui dit-il en montrant une sentinelle espagnole postée à cent cinquante pas environ de notre front de bandière, et dont nous apercevions la baïonnette au clair de la lune, veux-tu parier tes mille écus que, sans autre arme que le briquet de ton caporal, – et il prit le sabre d’un nommé Garde-à-Pied, – je vais à cette sentinelle, j’en apporte le cœur, je le fais cuire et le mange…

– Cela va !… dit l’autre ; mais – si tu ne réussis pas…

– Eh bien ! corpo di Baccho – il jura un peu mieux que cela ; mais il faut gazer le mot pour ces dames, – tu me couperas les deux oreilles…

– Convenu !… dit l’autre.

– Vous êtes témoins du pari !… s’écria Bianchi d’un air triomphant, en se tournant vers nous…

Et il partit.

Nous n’avions plus envie de manger, nous autres. Cependant, nous nous levâmes tous pour voir comment il s’y prendrait, mais nous ne vîmes rien du tout. En effet, il tourna par un sentier, rampa comme un serpent ; bref, nous n’entendîmes pas seulement le bruit que peut faire une feuille en tombant. Nos yeux ne quittaient pas de vue la sentinelle. Tout à coup, un petit gémissement de rien, un – heu !… profond et sourd nous fit tressaillir. Quelque chose tomba… Paoud ! – Et nous ne vîmes plus la sacrée – excusez-moi, mesdames ! – baïonnette.

Cinq minutes après, ce farceur de Bianchi galopait dans le lointain comme un cheval, et revint tout pâle, tout haletant. Il tenait à la main le cœur de l’Espagnol, et le montra en riant à son adversaire.

Celui-ci lui dit d’un air sérieux :

– Ce n’est pas tout !…

– Je le sais bien !… répliqua Bianchi.

Alors, sans laver le sang de ses mains, il releva les perches, rajusta la marmite, attisa le feu, fit cuire le cœur et le mangea sans en être incommodé. Il empocha les mille écus…

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