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Petits & Grands Classiques

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La Maison du chat-qui-pelote

Quand l’amour se heurte au mur du réel

Augustine Guillaume, jeune fille candide et rêveuse, voit sa vie bouleversée par une rencontre inattendue avec Théodore de Sommervieux, un peintre à la mode. Leur amour, né sous le signe de l’art et de la passion, se heurte rapidement aux barrières sociales et aux préjugés de l’époque. Entre la petite bourgeoisie conservatrice et le monde artistique parisien, leur union révèle les failles d’une société en pleine mutation.

Balzac nous offre un conte d’avertissement poignant, où les apparences sont trompeuses et les rêves se confrontent à la dure réalité. La Maison du chat-qui-pelote est bien plus qu’une simple histoire d’amour : c’est une réflexion profonde sur les aspirations humaines et les désillusions qui en découlent.

Édition scientifique : Maxime Perret.

27 février 2025 | 116 p. | 108 × 178 mm | 7,00 € | 9782494299191.

📖 L’amour naissant dans la cohue de l’Exposition au Louvre | extrait, p. 34-37.

La scène d’intérieur fit une révolution dans la peinture. Elle donna naissance à ces tableaux de genre dont la prodigieuse quantité importée à toutes nos expositions, pourrait faire croire qu’ils s’obtiennent par des procédés purement mécaniques. Quant au portrait, il est peu d’artistes qui ne gardent le souvenir de cette toile vivante à laquelle le public, quelquefois juste en masse, laissa la couronne que Girodet y plaça lui-même. Les deux tableaux furent entourés d’une foule immense. On s’y tua, comme disent les femmes. Des spéculateurs, des grands seigneurs couvrirent ces deux toiles de doubles napoléons, l’artiste refusa obstinément de les vendre, et refusa d’en faire des copies. On lui offrit une somme énorme pour les laisser graver, les marchands ne furent pas plus heureux que ne l’avaient été les amateurs. Quoique cette aventure occupât le monde, elle n’était pas de nature à parvenir au fond de la petite Thébaïde de la rue Saint-Denis ; néanmoins, en venant faire une visite à Mme Guillaume, la femme du notaire parla de l’exposition devant Augustine, qu’elle aimait beaucoup, et lui en expliqua le but. Le babil de Mme Roguin inspira naturellement à Augustine le désir de voir les tableaux, et la hardiesse de demander secrètement à sa cousine de l’accompagner au Louvre. La cousine réussit dans la négociation qu’elle entama auprès de Mme Guillaume, pour obtenir la permission d’arracher sa petite cousine à ses tristes travaux pendant environ deux heures. La jeune fille pénétra donc, à travers la foule, jusqu’au tableau couronné. Un frisson la fit trembler comme une feuille de bouleau, quand elle se reconnut. Elle eut peur et regarda autour d’elle pour rejoindre Mme Roguin, de qui elle avait été séparée par un flot de monde. En ce moment ses yeux effrayés rencontrèrent la figure enflammée du jeune peintre. Elle se rappela tout à coup la physionomie d’un promeneur que, curieuse, elle avait souvent remarqué, en croyant que c’était un nouveau voisin.

« Vous voyez ce que l’amour m’a inspiré », dit l’artiste à l’oreille de la timide créature qui resta tout épouvantée de ces paroles.

Elle trouva un courage surnaturel pour fendre la presse, et pour rejoindre sa cousine encore occupée à percer la masse du monde qui l’empêchait d’arriver jusqu’au tableau.

« Vous seriez étouffée, s’écria Augustine, partons ! »

Mais il se rencontre, au Salon, certains moments pendant lesquels deux femmes ne sont pas toujours libres de diriger leurs pas dans les galeries. Mlle Guillaume et sa cousine furent poussées à quelques pas du second tableau, par suite des mouvements irréguliers que la foule leur imprima. Le hasard voulut qu’elles eussent la facilité d’approcher ensemble de la toile illustrée par la mode, d’accord cette fois avec le talent. L’exclamation de surprise que jeta la femme du notaire se perdit dans le brouhaha et les bourdonnements de la foule ; quant à Augustine, elle pleura involontairement à l’aspect de cette merveilleuse scène, et par un sentiment presque inexplicable, elle mit un doigt sur ses lèvres en apercevant à deux pas d’elle la figure extatique du jeune artiste. L’inconnu répondit par un signe de tête et désigna Mme Roguin, comme un trouble-fête, afin de montrer à Augustine qu’elle était comprise. Cette pantomime jeta comme un brasier dans le corps de la pauvre fille qui se trouva criminelle, en se figurant qu’il venait de se conclure un pacte entre elle et l’artiste. Une chaleur étouffante, le continuel aspect des plus brillantes toilettes, et l’étourdissement que produisaient sur Augustine la variété des couleurs, la multitude des figures vivantes ou peintes, la profusion des cadres d’or, lui firent éprouver une espèce d’enivrement qui redoubla ses craintes. Elle se serait peut-être évanouie, si, malgré ce chaos de sensations, il ne s’était élevé au fond de son cœur une jouissance inconnue qui vivifia tout son être. Néanmoins, elle se crut sous l’empire de ce démon dont les terribles pièges lui étaient prédits par la tonnante parole des prédicateurs. Ce moment fut pour elle comme un moment de folie. Elle se vit accompagnée jusqu’à la voiture de sa cousine par ce jeune homme resplendissant de bonheur et d’amour. En proie à une irritation toute nouvelle, à une ivresse qui la livrait en quelque sorte à la nature, Augustine écouta la voix éloquente de son cœur, et regarda plusieurs fois le jeune peintre en laissant paraître le trouble qui la saisissait. Jamais l’incarnat de ses joues n’avait formé de plus vigoureux contrastes avec la blancheur de sa peau. L’artiste aperçut alors cette beauté dans toute sa fleur, cette pudeur dans toute sa gloire. Augustine éprouva une sorte de joie mêlée de terreur, en pensant que sa présence causait la félicité de celui dont le nom était sur toutes les lèvres, dont le talent donnait l’immortalité à de passagères images. Elle était aimée ! il lui était impossible d’en douter.

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