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Petits & Grands Classiques

Le Bal de Sceaux

L’orgueil et la vanité brisent les cœurs

Le comte de Fontaine désespère de marier sa troisième et dernière fille, Émilie. La jeune femme est aussi belle qu’orgueilleuse ; aussi intelligente que mordante ; aussi bien née qu’elle est pleine de vanité. Elle est surtout bourrée de principes, entichée de noblesse et prétend n’épouser qu’un homme qui sera un jour pair de France.

Un soir d’été, Émilie de Fontaine se rend avec sa famille au bal de Sceaux. Elle y rencontre celui qui pourrait bien être son prince charmant.

Édition scientifique : Maxime Perret.

1er avril 2024 | 116 p. | 108 × 178 mm | 7,00 € | 9782494299184.

📖 La rencontre au bal de Sceaux | extrait, p. 49-51.

Assise sur une de ces chaises grossières qui décrivaient l’enceinte obligée de la salle, elle s’était placée à l’extrémité du groupe formé par sa famille afin de pouvoir se lever ou s’avancer suivant ses fantaisies, en se comportant avec les vivants tableaux et les groupes offerts par cette salle, comme à l’exposition du Musée ; elle braquait impertinemment son lorgnon sur une personne qui se trouvait à deux pas d’elle, et faisait ses réflexions comme si elle eût critiqué ou loué une tête d’étude, une scène de genre. Ses regards, après avoir erré sur cette vaste toile animée, furent tout à coup saisis par cette figure qui semblait avoir été mise exprès dans un coin du tableau, sous le plus beau jour, comme un personnage hors de toute proportion avec le reste. L’inconnu, rêveur et solitaire, légèrement appuyé sur une des colonnes qui supportent le toit, avait les bras croisés et se tenait penché comme s’il se fût placé là pour permettre à un peintre de faire son portrait. Quoique pleine d’élégance et de fierté, cette attitude était exempte d’affectation. Aucun geste ne démontrait qu’il eût mis sa face de trois quarts et faiblement incliné sa tête à droite, comme Alexandre, comme lord Byron, et quelques autres grands hommes, dans le seul but d’attirer sur lui l’attention. Son regard fixe suivait les mouvements d’une danseuse, en trahissant quelque sentiment profond. Sa taille svelte et dégagée rappelait les belles proportions de l’Apollon. De beaux cheveux noirs se bouclaient naturellement sur son front élevé. D’un seul coup d’œil Mlle de Fontaine remarqua la finesse de son linge, la fraîcheur de ses gants de chevreau évidemment pris chez le bon faiseur, et la petitesse d’un pied bien chaussé dans une botte de peau d’Irlande. Il ne portait aucun de ces ignobles brimborions dont se chargent les anciens petits-maîtres de la Garde nationale, ou les Lovelace de comptoir. Seulement un ruban noir auquel était suspendu son lorgnon flottait sur un gilet d’une coupe distinguée. Jamais la difficile Émilie n’avait vu les yeux d’un homme ombragés par des cils si longs et si recourbés. La mélancolie et la passion respiraient dans cette figure caractérisée par un teint olivâtre et mâle. Sa bouche semblait toujours prête à sourire et à relever les coins de deux lèvres éloquentes ; mais cette disposition, loin de tenir à la gaieté, révélait plutôt une sorte de grâce triste. Il y avait trop d’avenir dans cette tête, trop de distinction dans la personne, pour qu’on pût dire : « Voilà un bel homme ou un joli homme ! » ; on désirait le connaître. En voyant l’inconnu, l’observateur le plus perspicace n’aurait pu s’empêcher de le prendre pour un homme de talent attiré par quelque intérêt puissant à cette fête de village.

Cette masse d’observations ne coûta guère à Émilie qu’un moment d’attention, pendant lequel cet homme privilégié, soumis à une analyse sévère, devint l’objet d’une secrète admiration. Elle ne se dit pas : « Il faut qu’il soit pair de France ! » mais « Oh ! s’il est noble, et il doit l’être… » Sans achever sa pensée, elle se leva tout à coup, alla, suivie de son frère le lieutenant général, vers cette colonne en paraissant regarder les joyeux quadrilles ; mais, par un artifice d’optique familier aux femmes, elle ne perdait pas un seul des mouvements du jeune homme, de qui elle s’approcha. L’inconnu s’éloigna poliment pour céder la place aux deux survenants, et s’appuya sur une autre colonne. Émilie, aussi piquée de la politesse de l’étranger qu’elle l’eût été d’une impertinence, se mit à causer avec son frère en élevant la voix beaucoup plus que le bon ton ne le voulait ; elle prit des airs de tête, multiplia ses gestes et rit sans trop en avoir sujet, moins pour amuser son frère que pour attirer l’attention de l’imperturbable inconnu. Aucun de ces petits artifices ne réussit.

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