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Petits & Grands Classiques

Pierrette

Une enfant pure dans un monde cruel

Provins, 1827. Pierrette, jeune Bretonne orpheline, est recueillie par ses cousins Rogron, deux anciens merciers parisiens aussi ridicules que cruels. Leur maison flambant neuve, criarde et prétentieuse, incarne leur ambition dérisoire : singeant l’aristocratie locale, ils rêvent de s’imposer dans une société qui les méprise. Mais derrière les apparences grotesques de Sylvie et Jérôme Rogron se cache une violence sourde, prête à broyer la pureté de leur nièce. Entre les intrigues politiques d’une Restauration agitée et les mesquineries d’une petite ville, Pierrette, douce et fragile, devient la victime expiatoire d’un monde sans pitié.

Préface : Paolo Tortonese.

18 février 2026 | 220 p. | 108 x 178 mm | 9,50 € | 9782494299092.

📖 Le salon Rogron vu par Mme Tiphaine | extrait

« — Quant au salon, il est d’un beau rouge, le rouge de Mlle Sylvie quand elle se fâche de perdre une Misère !

— Le rouge-Sylvie, dit le président dont le mot resta dans le vocabulaire de Provins.

— Les rideaux des fenêtres ?… rouges ! les meubles ?… rouges ! la cheminée ?… marbre rouge portor ! les candélabres et la pendule ?… marbre rouge portor, montés en bronze d’un dessin commun, lourd ; des culs-de-lampe romains soutenus par des branches à feuillages grecs. Du haut de la pendule, vous êtes regardés à la manière des Rogron, d’un air niais, par ce gros lion bon enfant, appelé lion d’ornement, et qui nuira pendant longtemps aux vrais lions. Ce lion roule sous une de ses pattes une grosse boule, un détail des mœurs du lion d’ornement ; il passe sa vie à tenir une grosse boule noire, absolument comme un député de la Gauche. Peut-être est-ce un mythe constitutionnel. Le cadran de cette pendule est bizarrement travaillé. La glace de la cheminée offre cet encadrement à pâtes appliquées, d’un effet mesquin, vulgaire quoique nouveau. Mais le génie du tapissier éclate dans les plis rayonnants d’une étoffe rouge qui partent d’une patère mise au centre du devant de cheminée, un poème romantique composé tout exprès pour les Rogron, qui s’extasient en vous le montrant. Au milieu du plafond pend un lustre soigneusement enveloppé dans un suaire de percaline verte, et avec raison : il est du plus mauvais goût ; le bronze, d’un ton aigre, a pour ornements des filets plus détestables en or bruni. Dessous, une table à thé, ronde, à marbre plus que jamais portor, offre un plateau moiré métallique où reluisent des tasses en porcelaine peinte, quelles peintures ! et groupées autour d’un sucrier en cristal taillé si crânement que nos petites filles ouvriront de grands yeux en admirant et les cercles de cuivre doré qui le bordent, et ces côtes tailladées comme un pourpoint du Moyen Âge, et la pince à prendre le sucre, de laquelle on ne se servira probablement jamais. Ce salon a pour tenture un papier rouge qui joue le velours, encadré par panneaux dans des baguettes de cuivre agrafées aux quatre coins par des palmettes énormes. Chaque panneau est surorné d’une lithochromie encadrée dans des cadres surchargés de festons en pâte qui simulent nos belles sculptures en bois. Le meuble, en casimir et en racine d’orme, se compose classiquement de deux canapés, deux bergères, six fauteuils et six chaises. La console est embellie d’un vase en albâtre dit à la Médicis, mis sous verre, et de cette magnifique cave à liqueurs si célèbre. Nous avons été suffisamment prévenus qu’il n’en existe pas une seconde à Provins ! Chaque embrasure de fenêtre, où sont drapés de magnifiques rideaux en soie rouge doublés de rideaux en tulle, contient une table à jouer. Le tapis est d’Aubusson. Les Rogron n’ont pas manqué de mettre la main sur ce fond rouge à rosaces fleuries, le plus vulgaire des dessins communs. Ce salon n’a pas l’air d’être habité : vous n’y voyez ni livres ni gravures, ni ces menus objets qui meublent les tables, dit-elle en regardant sa table chargée d’objets à la mode, d’albums, des jolies choses qu’on lui donnait. Il n’y a ni fleurs ni aucun de ces riens qui se renouvellent. C’est froid et sec comme Mlle Sylvie. Buffon a raison, le style est l’homme, et certes les salons ont un style ! » [p. 52-54]

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