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Petits & Grands Classiques

Wann-Chlore

Le premier grand roman de Balzac, entre passion et trahison

Dans le village de Chambly, situé dans la vallée de L’Isle-Adam, loin de l’effervescence parisienne, vivent Mme d’Arneuse, sa fille Eugénie, et la grand-mère, Mme Guérin. L’arrivée d’Horace Landon, un jeune homme mystérieux et mélancolique qui s’installe dans une maison voisine, bouleverse leur quotidien.

Wann-Chlore est publié anonymement en 1825. Dernier des Premiers Romans ou premier des grands romans balzaciens, Wann-Chlore fait plus qu’annoncer les chefs-d’œuvre à venir. Balzac y explore déjà les thèmes qui feront la richesse de La Comédie humaine.

Édition scientifique : Maxime Perret.

14 mars 2025 | 464 p. | 108 × 178 mm | 16,00 € | 9782494299283.

📖 Le portrait de Mme d’Arneuse | extrait, p. 20-21.

Au milieu de ce grand naufrage, Mme d’Arneuse ne conserva que son orgueil et ses prétentions : elle retrouva sa mère immuable dans sa bonté ; car Mme Guérin consentit à vivre avec elle pour joindre six mille livres de rente qui lui restaient au faible revenu de sa fille ; et le village de Chambly, dix ans avant le moment où commence cette histoire, avait été choisi pour servir de tombeau aux grands airs de Mme d’Arneuse : elle espérait, à force d’économies et de privations, pouvoir sortir de la médiocrité, et reparaître au grand jour de la capitale. C’était là tout son avenir.

Alors on peut voir les résultats naturels de ces antécédents : Mme d’Arneuse, aigrie par ses malheurs, devint extrêmement difficile à vivre ; et comme son âme, quoique frappée de sécheresse, n’en était pas moins agitée par une vivacité toute nerveuse, elle se trouvait toujours en proie à des sentiments extrêmes : ne sachant qu’espérer beaucoup ou tomber dans le désespoir, sa vie devint un mélange continuel de bonheur et de malheurs fictifs : à force d’exagération, son caractère avait de l’âpreté ; tout était en dissonance avec ses idées. Enfin, le besoin de domination qui semble en première ligne dans ces âmes hautaines et rudes, ne trouvant pas à s’exercer au sein d’un village tel que Chambly, s’étendit sur les personnes qui l’entouraient ; ainsi, sa fille, qu’elle aurait dû chérir, fut l’être auquel elle fit sentir le plus durement son empire ; il fut terrible : c’était le modèle du gouvernement despotique. Eugénie à ses yeux avait mille défauts : le premier, celui d’être née ; aussi la pauvre petite semblait-elle vouloir, à chaque instant, en demander pardon par le regard suppliant qu’elle jetait à sa mère : le second, c’était de devoir le jour à M. d’Arneuse. Ensuite, Eugénie avait une charmante figure, qu’embellissait cet air de douceur soumise qui rend les femmes si touchantes, et cette expression devenait encore plus attendrissante par la teinte de souffrance que la sévérité de sa mère répandait sur son visage. Les yeux d’Eugénie sollicitaient si bien l’appui de tous ceux qu’elle voyait, qu’il était impossible de l’envisager sans être profondément ému, moins peut-être par son aspect même que par le sentiment douloureux qu’excite en nous l’injuste oppression de l’innocence.

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