L’œuvre et cette édition
Pour entrer dans le livre
« Non, tu ne prends rien. On laisse tout. » Cette phrase toute simple bouleversa la vie d’Yves et de sa famille. Fuir, sans vraiment comprendre. Tout oublier. Emportés par la guerre d’Algérie, Liliane et ses enfants, comme tous les Pieds-Noirs, doivent partir. Vers leur nouvelle vie.
Soixante ans plus tard, Yves s’est enfermé dans le silence. Je ne connais rien de son passé, rien de ma grand-mère, rien de cette guerre. Le poids des non-dits me pousse à une quête, à la recherche de mes origines, à la recherche de ma grand-mère, cette femme arrachée à sa terre.
Est-ce finalement la vérité qui prime ? Faut-il lever le voile qui s’est installé sur le passé ? Ce roman à deux voix nous révèle que l’apaisement prend parfois des formes inattendues et se cache dans les murmures, à l’orée des secrets. Au creux des mots d’un père à sa fille.
« Nous ne le saurons jamais, mais en portant cette histoire ensemble, mon père et moi, en apprenant à la partager, nous nous en délestons. »p. 214
Dans l’histoire de l’œuvre
En 1962, Liliane et ses enfants quittent l’Algérie. Yves, encore enfant, traverse ce déracinement sans pouvoir en comprendre tous les enjeux. La famille perd une terre et un cadre de vie, mais aussi une partie de sa capacité à raconter ce qui lui est arrivé.
Environ soixante ans plus tard, la fille d’Yves tente de reconstituer cette histoire à partir de souvenirs, d’archives, de photographies et de paroles fragmentaires. L’enquête ne dissipe pas entièrement les zones d’ombre : cette impossibilité à tout savoir devient l’un des enjeux essentiels du récit. Le titre lui-même, avec son pluriel entre parenthèses, unit le déracinement individuel à l’expérience familiale et collective.
Ce qui distingue cette édition
Amélie Canu construit son premier récit autour de deux voix et de deux temporalités : l’expérience du père, enfant marqué par l’exil, et la quête de sa fille, héritière d’une histoire qu’elle n’a pas vécue. Cette composition rend sensible la manière dont les silences se transmettent d’une génération à l’autre.
Des documents et photographies de famille inscrivent la recherche dans une mémoire concrète, faite de traces incomplètes plutôt que de certitudes. Le texte aborde la guerre d’Algérie depuis l’intimité familiale tout en maintenant la complexité de son contexte historique. Il refuse surtout la révélation artificielle : l’apaisement ne naît pas d’une vérité enfin complète, mais de la possibilité pour un père et sa fille de porter ensemble une histoire demeurée lacunaire.
Panier 
